The following article was published in the November 2025 issue of the International Review of Contemporary Law, the journal of the IADL, focusing on climate and social justice.
Compensation climatique pour les paysans/paysannes du Sud : une vision réaliste?
Offrir un soutien direct à l’agroforesterie dans les villages avec un suivi fiable de télédétection en temps réelle.
Hans Geisslhofer
Résumé :
Hans Geisslhofer explique, après une longue expérience dans les pays du Sud en aménagement du terroir villageoise, protection de l’environnement et appui aux activités en agroforesterie sa méthode simple, participative et inclusive.
La compensation d’un reboisement par les crédits carbone pourrait donc être réalises via un suivi à distance avec les mesures des surfaces par le GPS sur place et ensuite leur vérification à l`’aide des images satellites précises et récentes.
Les paysans et paysannes des pays pauvres seront ainsi inclus activement dans la protection du climat et pourront améliorer leur niveau de vie en même temps.
Une intéressante tentative de décentraliser le « marché volontaire de carbone » avec des mesures précises et fiables par un échange régulier des données partagées en réseau.
Abstract:
Hans Geisslhofer explains, after a long experience in the countries of the South in land use and village development, environmental protection and support for agroforestry, his simple, participatory and inclusive method.
The compensation of reforestation by carbon credits could therefore be carried out via remote monitoring, detailed surface measurements by GPS on site by verification from precise recent satellite images. Peasants in poor countries would thus be actively included in climate protection and empowered to improve their standard of living at the same time.
An interesting attempt to decentralize the “voluntary carbon market” with precise and reliable measurements by a regular exchange of data shared in a network.
La « Justice pour le Climat » une perspective mondiale inclusive ?
Le débat actuel sur le climat souffre d’un rétrécissement de la perspective vers des sujets purement technologiques sans dimension sociale globale.
Il est avant tout important de prendre en compte la population rurale des pays du Sud et plus particulièrement les femmes.
En raison du reboisement à grande échelle et sans sérieux, planifié d’en haut, les solutions simples et durables la population locale ont été négligées dans le débat sur le climat.1
Ainsi, ils ont été facilement écartés en tant qu’acteurs importants et peut- être même élément de la solution !
Il semblait nécessaire, à ce stade, que de tels projets soient toujours planifiés et examinés de l’extérieur, c’est-à-dire à partir des structures du Nord ?
Oser d’inclure une agro-forestière précaire mais émergeante !
L’inclusion de l’agriculture marginale dans les tropiques échoue souvent en raison du manque de clarté des droits fonciers, des relations de propriété, de l’inefficacité de structures de mise en œuvre sur place et enfin, de la difficulté à proposer un calcul de compensations climatiques appropriées.
D’autre part, « l’effet puits de carbone » des plantes terrestres pour le stockage du CO₂ de l’air est incontesté et constitue également la base de toute vie sur Terre. Ceci s’applique en principe n’importe où, à chaque arbre qui pousse à condition qu’il ne soit pas coupé.
Cependant, on peut encore se demander si la séparation et l’introduction industriel de ce gaz dans le sous-sol soient techniquement fiables, et surtout économiquement réalisables ?
L’argument toujours avancé contre l’inclusion de la population rurale pauvre dans les modèles de compensation climatique est le suivant :
Le « secteur informel » dans ces zones difficiles d’accès ne serait pas véritablement tangible et contrôlable.
Dans la plupart des pays du Sud global, il n’existe aucun registre foncier et il est difficile surtout pour les femmes d’accéder à leurs propres droits fonciers.2
Mais il est toutefois possible d’obtenir des droits d’usage pour une certaine période auprès des autorités et des structures tribales traditionnelles locales. Ce n’est que si ces droits ne sont plus revendiqués, qu’ils expireront à nouveau.3
Se construire une bonne propriété nécessite également un relevé foncier précis et conventionnel, que beaucoup de gens ne peuvent tout simplement pas se payer.
Appuyer les investissements villageois productives et durables
Pour les femmes qui doivent vivre au jour le jour, il est donc actuellement difficile de faire le moindre investissement dans leur potager ou verger.
Cela s’applique particulièrement à la construction de puits avec un niveau d’eau suffisant, à l’achat d’arrosoirs et de chariots, à l’irrigation goutte à goutte, aux pépinières, pompes solaires, aux conduites d’eau, etc.
Le portage pittoresque de l’eau sur la tête n’est beau que pour les cartes postales, pas pour les femmes concernées….
Cela comprend l’utilisation des produits phytosanitaires nécessaires, même s’ils peuvent être produits naturellement sur place, ainsi que des clôtures ou des haies pour se protéger des intrus.
L’auteur a passé la moitié de sa vie à soutenir et à planifier de tels projets par l’intermédiaire d’ONG’s en Afrique et peut le confirmer.
Avec la vague néolibérale des années 1980, de tels projets ont été laissés quasiment à la charge des organisations caritatives.
La subvention de l’agriculture, comme c’est notre coutume pour la stabilisation des prix et la régulation des marchés en Europe, n’a pas été mise en œuvre en Afrique à cause des programmes d’ajustement structurel promus des institutions internationales. Le soi-disant « amaigrissement structurel », avait rendu cela impossible.
Mais si des millions de petits paysans et surtout d’agricultrices plantaient leurs jardins un peu partout pour leur survie, et les entouraient de haies et de cultures fruitières, cela aurait eu déjà un impact immense sur le climat local et global !
Pourquoi alors, à une époque où l’inquiétude face au changement climatique prévaut, ne devrions-nous pas être autorisés à soutenir des telles initiatives ?
Les nouvelles technologies en appui de façon décentralisés
Depuis environ 5 ans, presque chaque grand village compte quelqu’un avec un téléphone portable. Surtout, ce sont les femmes qui l’utilisent de plus en plus.
Si vous apportez votre papaye à l’un des marchés hebdomadaires locaux, vous saurez exactement si il y a une pénurie et ou vous pourrez donc vous attendre à de meilleurs prix ?
Ces téléphones portables peuvent également être utilisés comme appareils d’arpentage, avec une application simple, gratuite et facile à utiliser.
Cela vous permet de mesurer vous-même les jardins, les champs et les plantations d’arbres et de télécharger les coordonnées correspondantes sur Internet.
Envoyez ensuite des photos des plantes prises depuis le sol avec votre téléphone portable. Les smartphones peuvent être rechargés presque partout, grâce à de petits panneaux solaires installés sur les cabanes.
La réception n’est pas encore possible partout, mais les réseaux s’étendent progressivement.
Toutes ces informations peuvent ensuite être consultées par les ONG partenaires du Nord grâce à « Google Earth » et des images satellites mises à jour régulièrement comme SENTINEL 2.4
Le calcul de la capacité de ces « puits de CO₂ » correspondante résulte alors de l’amélioration du sol (compostage des résidus de culture), du nombre et de la densité des arbres plantés et de la période de croissance estimée de ceux-ci.
Les transferts équivalents seraient alors directement proportionnels aux mesures effectuées sur les comptes de téléphonie mobile des femmes.
Les « crédits carbone » qui avancent déjà petit à petit…
Puisque les arbres poussent plus vite sous les tropiques, mais prennent quand-même encore 15 ans environ à cela, les femmes dans les champs ne peuvent pas attendre aussi longtemps pour recevoir l’argent de compensation. C’est donc un système de crédit agricole qui et appliquée.
Ceci doit donc être transféré sur leur téléphone portable en versements annuels, et en fonction des prix actuels du CO₂.
Chaque année, de nouvelles données sur la délimitation des actions par GPS, photos du terrain, etc. sont donc nécessaires. Celles-ci seraient alors transmises, et mises en correspondance avec les images satellites de ces mêmes sites.
L’objection, selon laquelle cela n’aurait qu’un impact négligeable sur le changement climatique mondiale ne s’applique que si l’on considère des villages séparés les uns des autres.
Mais si vous calculez cela à l’échelle régionale et créez en même temps une opportunité d’emploi pour des millions de femmes rurales pauvres, elles se saisiraient sûrement de cette occasion ?
Il existe déjà quelques start-ups qui testent des approches aussi prometteuses à petite échelle.
Une société allemande tente, avec le financement du « marché volontaire du carbone », c’est-à-dire d’entreprises qui souhaitent soigner leur image et leur « empreinte », à implanter des plantations de bois précieux certifiés dans des villages d’Ouganda et d’Indonésie.
Les arbres coupés sont ensuite transformés par une coopérative en meubles ou éléments de construction, certifiés de haute qualité, et des nouveaux arbres sont parallèlement plantés dans la même mesure.
La même chose peut être faite avec des meubles en bambou.
Mais ici, ils doivent acquérir leurs propres propriétés, et puis emploient des habitants des environs pour cultiver des cultures et travailler comme charpentiers.
Une approche différente consiste à créer des plans d’utilisation des terres villageoises par un débat participatif est après ceci serait conclu avec des accords précis à ce sujet. Il’ s’agit des « conventions locales » sur la base des cartes détaillés et établis au village même.
En même temps, les villages seront ainsi stabilisés économiquement grâce à la création d’emplois locaux.
Sinon, l’exode rural et l’abandon des terres alimenteront la spéculation foncière et l’accaparement des terres, ce qui signifie ensuite, que de plus en plus de forêts seront détruites ou incendiées.
Plus ces modèles se révéleront faisables, plus le contrôle social sera donc efficace.
Un appui professionnel détaillé suivant les exigences du terrain.
Pendant ma retraite, je reste donc connecté via des vidéoconférences avec ces initiatives au Sahel et ailleurs en cours.
Je peux suivre les activités quasiment partout presque en temps réel depuis mon salon ! Une consultance sans fréquentes voyages en avion !
Ce sont essentiellement des groupes de femmes qui cultivent des champs de légumes et des cultures fruitières, ainsi que du petit élevage ou du commerce.
Leurs hommes travaillent dans les champs où ils cultivent des arachides ou du coton. Quand le sol devient stérile, ils se rendent dans les villes pour chercher du travail.
La charge de travail des femmes à la campagne devient alors particulièrement lourde et est souvent qualifiée de « semi-esclavage ».
Mais, avec des prix fluctuants, la culture de l’arachide sur des sols moins fertiles ne leur rapporte que quelques centaines d’euros/ha/an.
Une famille doit vivre toute l’année avec cela !
Les projets de nombreuses organisations humanitaires ne peuvent pas résoudre ces problèmes à long terme, en raison de la courte durée de mise en œuvre des projets.
Même la « Grande Muraille Verte » le long du Sahara5 n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Le projet a été retravaillé : onne prévoit plus de planter une ceinture forestière continue désormais, mais plutôt de promouvoir partout de telles initiatives au niveau local, qui, localement seraient alignés progressivement.
Cela a certes des effets positifs tant que ce soutien se poursuit.
Mais les exigences dans les différents pays et régions sont parfois très différentes.
Près de la côte, la salinisation des sols constitue également un problème en raison de l’élévation du niveau de la mer et de l’infiltration d’eau salée dans les puits.
Ici vous pouvez planter de grandes étendues de mangroves sur les plages en eau saumâtre pour la protection du littoral, qui poussent très vite et stockent plus de CO₂ que les autres plantes, car elles sont très proches les unes des autres et les feuilles séchées tombent également dans la boue.
Un suivi permanent, efficace et peu couteux online à distance
Pour réussir à tous ces défis, il faut les travailler ensemble à chaque fois avec un échange participative utilisant des cartes précises.
Vous n’avez plus besoin de prendre l’avion pour cela et parcourir des centaines des kilomètres sur des mauvaises pistes. Vous pouvez discuter de beaucoup de choses via vos smartphones et discussions en ligne.
Le mathématicien et économiste allemand Franz Josef Radermacher d’Ulm, membre du Club de Rome et ancien membre du Forum éco-social, avait déjà proposé en 2008 un « plan mondial de reboisement ».6
Il a calculé en termes généraux qu’avec une superficie de 5 millions de km2 répartis sur le monde entier (plus ou moins la surface d’Australie) on pourrait stocker dans les plantes une telle quantité de CO₂ que le changement climatique serait considérablement freiné.
Cela aurait été théoriquement possible, mais tout simplement pas encore faisable autrefois.
De nombreux pays pauvres, déjà lourdement endettés, auraient dû construire rapidement des structures d’encadrement dans les villages les plus petits et les plus reculés.
Et ce ne serait là encore qu’une approche greffée « d’en haut » ?
Par rapport aux structures économiques néocoloniales qui prévaudront, encore, et des entreprises comme Coca Cola proposent leurs boissons au plus petit village, le travail des femmes sur les sols arides ne vaudra toujours rien en comparaison !
Se servir de l’inquiétude climatologique et des « crédits carbone » redimensionnés et suivis en détail, pour s’en sortir ensemble.
La peur actuelle mondiale des effets du changement climatique ne serait-elle pas à convertir à un « facteur de changement » qui offrirait aux femmes rurales la possibilité de générer des revenus supplémentaires pour le climat mondial grâce à une agroforesterie bien surveillée et documentée dans et autour leurs champs ?
Même quelques centaines d’euros en plus par an de compensation pour un seul hectare d’agroforesterie augmenteraient considérablement le niveau de vie du village par famille, les enfants pourraient être mieux nourris et envoyés à l’école.
Les institutions caritatives sont malheureusement trop surchargées par leur compassion pour les pauvres, au détriment un mécanisme d’échange mondial au bénéfice de l’environnement et du climat locale et mondiale !
Notre anxiété climatique, en partie justifiée, se ne transformerait-elle dans de nombreux petits projets de ce type, échangés et vérifiés en ligne ?
Il faudrait seulement encore des « start-ups » pour nous aider à réaliser des structures d’un tel nouveau dialogue Nord-Sud traversant les champs et forets communautaires ?
1 In <https://climatepromise.undp.org/news-and-stories/supporting-climate-action-least-developed-countries>.
2 In <https://globalclimateinitiatives.com/en/les-acteurs-de-la-compensation-carbone-perspectives-et-critiques>.
3 In <https://globalclimateinitiatives.com/en/les-acteurs-de-la-compensation-carbone-perspectives-et-critiques>.
4 In <https://globalclimateinitiatives.com/en/les-acteurs-de-la-compensation-carbone-perspectives-et-critiques>.
5 In <https://www.bbc.com/afrique/articles/c2qq6q26g9xo>.
6 In <https://www.itad.de/online-magazin/interview/mit-co2-geld-verdienen-prof-dr-franz-josef-radermacher>.
Hans Geisslhofer
Ingénieur en aménagement du territoire, diplômé de l’université technique de Vienne, Autriche.
Depuis 1977 Hans Geisslhofer a travaillé dans nombreuses pays en Afrique et en Inde pour des ONG’s allemandes et Autrichiennes, ainsi que les organisations internationales engagés en hydraulique villageoise, petite irrigation, reboisement, cartographie participative et utilisation des nouvelles technologies de télédétection pour une gestion des ressources naturelles locales. Après des engagements dans 15 pays sur 40 ans, il vit actuellement en retraite en Autriche et travaille encore entent que « Senior Consultant » occasionnel par visioconférences avec des agents du terrain dans des projets courantes des ONG’s humanitaires directement avec les populations villageoises sur demande.
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