The following article was published in the December 2020 issue of the International Review of Contemporary Law, the journal of the IADL.

Par Bernard Anoumo Dodji Bokodjin et Nana Mariama Apou

RESUME :

L’érosion côtière fait de ravages sur les côtes de Lomé, notamment dans la commune de Baguida, dont le Village de Doèvi Kope. Le présent article met en exergue les conséquences néfastes d’une manière générale sur les habitants dudit village et particulièrement sur les jeunes filles et les femmes. Et cette contribution démontre d’une part que ce phénomène, entrave la réalisation de l’Objectif de Développement Durable (ODD) 5 avec des effets corollaires sur d’autres ODDs. De plus, cet article illustre la situation d’une jeune fille et d’une femme victime de l’érosion côtière à empiéter entre autre sur leur autonomisation et éducation. Finalement, non seulement l’article fait ressortir quelques approches de solutions à ce phénomène que les jeunes filles et les jeunes femmes subissent, mais aussi on note l’engagement de quelques acteurs dans la recherche de solutions, dont le NADDAF à travers ses actions et son  plaidoyer tourné vers un développement durable.

Mots clés : érosion côtière, autonomisation de la femme et la jeune fille, éducation, droits de l’homme, victimes, plaidoyer, indemnisation.

ABSTRACT:

Coastal erosion is wreaking havoc on the coasts of Lomé, particularly in the commune of Baguida, including the village of Doèvicope. Coastal erosion with harmful consequences. First of all, this article highlights the harmful consequences in a broad manner on the residents of the said village and particularly on young girls and women. Then it demonstrates on the one hand that this phenomenon hinders the achievement of Sustainable Development Goal(SDG), number  five (5) with corollary effects on other SDGs. In addition, this article illustrates the situation of a young girl and a woman victim of coastal erosion and how this impinges on their empowerment and education, among others. Finally, not only does the article highlight some solutions approaches to the consequences of this phenomenon that young girls and young women experience, but also, we note the commitment of some actors in the search for solutions, including NADDAF through its actions and advocacy focused on sustainable development.

Key words: coastal erosion, empowerment of women and girls, education, human right, victims, advocacy, compensation.

D’une superficie de 56 600 km2, le Togo est un petit pays de l’Afrique de l’Ouest entre le Benin à l’Est, le Ghana à l’Ouest et le Burkina Faso au Nord. Tout le Sud est occupé par l’Océan Atlantique. Les espaces côtiers de l’Afrique de l’Ouest sont en proie à une importante érosion côtière depuis des décennies dont le Togo n’est pas épargné. Un mal qui a commencé depuis les années 70 relativement au projet de construction du Port Autonome de Lomé (PAL). Il s’agit d’un phénomène aux impacts négatifs sur la vie humaine, les activités socioéconomiques et les infrastructures, entravant ainsi le développement durable[1]. Bien que ce soit un phénomène naturel, les actes humains sont venus aggraver provoquant d’énormes dégâts sur la côte togolaise. Au rang des communes qui sont plus affectés, celle de GOLFE 6 (Baguida) notamment le village de DOEVI KOPE[2] en est une illustration parfaite.

Sur le plan environnemental, l’érosion côtière a entraîné la disparition d’une grande partie du territoire du village, obligeant 86% de la population du village à changer de domicile au moins 4 fois sur les 8 dernières années. Les prévisions prédisent des hausses importantes de la mer dans les prochaines décennies : l’élévation du niveau de la mer par rapport à 1986-2005 sera probablement compris entre 0,10 et 0,17 m à l’horizon 2025, entre 0,19 et 0,34 m à l’horizon 2050, entre 0,29 et 0,55 m à l’horizon 2075 et entre 0,33 et 0,75 m à l’horizon 2100[3].

En termes d’accès aux infrastructures et services sociaux de base, le village ne dispose que d’un seul forage, obligeant ainsi les femmes et les jeunes filles à consacrer beaucoup de temps aux corvées d’eau. En outre, le village ne dispose ni de centre de santé, pour les soins primaires, ni d’infrastructures d’assainissement. La seule école primaire existante se trouve à moins d’une dizaine de mètres de l’océan ce qui a amené à son abandon cette année.  Sur le plan social, le bouleversement de la dynamique familiale au sein du ménage dû au fréquent déménagement, la précarisation des moyens de subsistance ont entraîné des maux sociaux (tabagisme, grossesse précoce, mariage précoce, banditisme, …) dont les premières victimes sont les jeunes et les jeunes filles. Ce qui est source d’inégalité entre les hommes et les femmes de la commune.

Sur le plan économique, la population active de DOEVI KOPE se consumer essentiellement aux activités halieutiques – pêche pour les hommes, transformation et vente des produits pour les femmes. La baisse continue du rendement des produits de pêche, l’inadéquation du matériel de travail et le changement fréquent de domicile ont impacté l’autonomisation des femmes dont la majeure partie sont devenues des ouvrières dans de petites exploitations maraîchères. Déjà précaire, cette situation s’est fragilisée avec la crise de la COVID-19 depuis le mois de mars 2020.

Selon l’étude de l’association Nouvelles Alternatives pour le Développement Durable en Afrique (NADDAF)[4]  Doévi Kopé dans le cadre de projet AVENIR[5],  la plupart des personnes ont dû changer entre deux et trois fois de logement et même au-delà, comme ce fut le cas du chef de village. Les habitants n’ont plus accès à leur propre maison, faute de maisons, ils s’entassent dans des baraques fragiles, composées de béton et de branchages.  A côté de ces précédentes conséquences, les habitants sont confrontés par le manque d’eau potable, par le chômage, la peur face à la montée des eaux de façon quotidienne, la perte de vies humaines. En particulier, cette érosion côtière n’épargne pas les femmes et les filles. Elle constitue pour ces dernières, une cause qui entrave leur autonomisation, leur éducation et épanouissement. Un film documentaire[6] réalisé par NADDAF montre des témoignages suivants :

Pour Lawè, jeune fille de 20 ans, de Doévi Kopé, elle a connu des déménagements sans cesse et l’envahissement des biens par la mer. Cette orpheline de père, s’est déjà déplacée 6 fois. Depuis très petite, elle fait face déjà à ce phénomène. Malheureusement, quand elle a grandi, elle a remarqué que la situation ne fait que s’aggraver. Comme conséquence, la jeune fille ambitieuse, n’est plus en mesure de poursuivre ses études ou de suivre une formation faute de moyens pour payer sa scolarité. Les effets de l’avancé de la mer, ne se limitent pas à elle seule.  L’érosion côtière, est la cause de la perte d’emploi de son père, entrainant la mort de ce dernier. Sa mère, ne pouvant plus prendre seule en charge la famille, Lawè est obligée à aider leur mère à subvenir aux besoins de la famille. Une mère qui a aussi subi les conséquences de ce phénomène, son activité génératrice de revenue est empiétée. La jeune fille semble perdre espoir face aux promesses des acteurs relatives aux actions pour les aider à sortir de cette situation qui sont restées sans suite. D’autres femmes se trouvent également dans une situation pareille.

Dans la même dynamique, les enfants de Mme « A » qui est devenue veuve, son mari avait trouvé la mort come le père de Lawè, ne vont plus à l’école. Une situation qui oblige Mme A à prendre en charge d’une manière totale la famille. Revendeuse, elle n’arrive pas à s’en sortir pour subvenir aux besoins de la famille. Elle est submergée par des dettes relatives aux crédits que les organismes lui accordent. Malgré cela elle se bat avec la gestion de son enterprise et recourt au crédit pour   nourrir ses enfants. En déplacement pour une troisième fois et accueillie pour une quatrième  par une bonne volonté temporaire, où se loger constitut toujours  car elles sont obligées de quitter les lieux suite à l’intervention de la bonne volonté. D’une part l’autonomisation de ces femmes et filles, l’éducation des jeunes filles et des enfants sont empiétés, ce qui constitut un frein à la réalisation de l’Objectif de Développement Durable N°5. D’autre part on note une violation des droits humains. Par-dessus, la santé de ces jeunes filles et femmes est fragilisée.

En d’autres termes, face à cette érosion côtière, les droits des habitants victimes en tant qu’être humain sont violés, notamment ceux des filles et femmes. Il convient non seulement de mener des actions pour éviter l’avancée de la mer mais aussi des actions en vue de réparer des dommages causés par l’érosion côtière aux habitants victimes. Cette dernière action est bien celle que mène NADDAF, mettant l’homme au cœur de ses actions.

La situation de ces femmes et jeunes filles doit être prise en charge rapidement par le gouvernement du Togo, en plus des autres victimes, sinon dans quelques mois le village tout entier risque de disparaître dans la mer. L’Etat doit jouer sa responsabilité et protéger ses citoyens. Ce serait une bonne chose pour ces communautés désemparées.

Pour l’heure, face à cette urgence et la gravité de la situation, NADDAF mène des actions de plaidoyer et de mobilisation des autorités pour parvenir à sortir les communautés de cette situation et favoriser l’autonomisation des femmes et des jeans filles. Déjà en juillet dernier, avec un appui financier de l’Union Européenne, 315 ménages soit plus de 1000 personnes ont reçu des kits alimentaires et sanitaires dans le cadre toujours du projet AVENIR porté par l’association NADDAF. Une action salutaire, mais qui sonne comme une goutte d’eau dans l’océan face aux défis présents. Vivement que le gouvernement réagisse …

[1] DOEVI KOPE est un village de la commune du Golfe 6, situé sur le littoral togolais, cette portion (11,2%) du territoire national qui concentre 45% de la population du pays.

[2] Du fait de son positionnement, des pressions entropiques, dues notamment aux activités économiques, et des dynamiques naturelles, les 1500 habitants de DOEVI KOPE sont confrontés à de nombreux défis de développement posés par l’érosion côtière.

[3] Troisième communication Nationale du Togo sur le Changement climatique au titre de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changement Climatiques en octobre 2015

[4] NADDAF est une association de droits TOGOLAIS qui travaille depuis 2014 sur les droits des victimes de l’érosion côtière et lutte pour leurs prises en charge par le gouvernement. Plus d’informations sur www.naddaf.org

[5] Actions des Volontaires Européens et Nationaux Investis pour la Résilience, projet financé par l’Union Européenne et mise en œuvre par France Volontaires  au Togo, Sénégal et en Guinée.

[6] Le film documentaire a été réalisé dans le cadre du projet VENIR et présente la situation des femmes et jeunes filles victimes de l’érosion côtière à DOEVI KOPE.